Briançon et Marseille sont au diapason. Depuis quelques jours, le carillon du lycée Thiers résonne tous les 1⁄4 d’heure en simultané sur la Canebière et à la mairie de Briançon. Y compris le dimanche, où tinte la mélodie qu’entendait le jeune élève Marcel Pagnol en 1905. Cette prouesse historique et technologique, on la doit aux acteurs du projet scolaire « Horloges d’Altitude » qui font rayonner le lycée d’Altitude de Briançon au-delà des frontières haut- alpines, de Marseille à Venise.
L’appel du campanile
C’est en se promenant dans le centre de Marseille, en 2011, que Denis Vialette repère le campanile du lycée de Thiers. Un appel irrésistible pour ce professeur de technologie du lycée de Briançon, coordinateur du projet « Horloges d’Altitude ». Il frappe à la porte de l’imposant établissement trônant sur la Canebière, demande à visiter le clocher et tombe en arrêt devant la rareté des horloges et la splendeur du panorama ouvert sur Notre-Dame de la Garde. « Le potentiel était considérable », se souvient, l’œil pétillant, ce passionné d’horloges, cloches et cadrans. « Hormis la création d’un carillon en 2003, pour le bicentenaire du lycée, rien n’avait été fait pour valoriser ce trésor horloger. » Il n’en faut pas plus pour le décider. Il propose au proviseur du lycée Thiers une offre qu’il peut difficilement refuser. « Avec l’aide des agents du lycée Thiers, on a rendu le lieu accessible au public en vue de futures visites patrimoniales. Notre équipe briançonnaise s’est occupée des recherches historiques et technologiques. Le campanile était plongé dans un grand sommeil : deux magnifiques horloges de 1783 et 1914 reposaient dans un coin, les aiguilles des cadrans étaient figées et leur système de rétro-éclairage existait mais il n’avait jamais été mis en service. »Le chantier redonne vie et lustre à cet écrin, ouvert depuis au public lors des Journées Européennes du Patrimoine. Les travaux sont inaugurés en grande pompe le 29 juin 2013, en présence d’une centaine d’invités : proviseurs, enseignants, agents et amis des lycées Thiers et d’Altitude, ainsi que le député-maire de l’arrondissement Patrick Mennucci et des membres de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille.
Les lycéens briançonnais font revivre le « Carillon de Pagnol »
En point d’orgue de la cérémonie d’inauguration, les Briançonnais font tinter un carillon oublié, ressurgi de la mémoire de Marcel Pagnol. Cet illustre élève du lycée Thiers décrit dans Le Temps des Secrets le tintement des cloches qu’il découvre en 1905, le jour de la rentrée, accompagné de son père Joseph : « Je vis un cadran de pendule aussi grand qu’une roue de charrette. Sept heures et demie ! dit Joseph. Elle a sonné au moins quatre fois ! dit Marcel. Non, elle a sonné huit coups pour la demie ! reprit Joseph. C’est un carillon. Quatre coups pour le quart, huit pour la demie, douze pour moins le quart, seize pour l’heure, et naturellement, elle sonne aussi les heures, sur une autre cloche. Ce qui fait qu’à midi, par exemple, elle sonne vingt-huit fois ! »
A partir de cette évocation littéraire, Daniel Fonlupt, passionné d’horlogerie, et Dominique Dion, campaniste, ont étudié les rouages de la vieille horloge pour retrouver le « Carillon de Pagnol », joué depuis tous les dimanches par les cloches du lycée Thiers grâce à la programmation d’une horloge électronique Bodet.
Aux auditeurs émus par cette musique du passé, des élèves briançonnais de 1ère STI2D* et de BTS MS** dévoilent les secrets de la restitution historico-horlogère. Pour ce faire, ils leur présentent une maquette audio-lumineuse confectionnée par leurs soins : une réplique de la façade du campanile du lycée Thiers qui émet tous les 1/4h le même carillon en illuminant les cloches en action. La maquette briançonnaise comme les cloches marseillaises sont pilotées par le même programme installé sur le même modèle d’horloge électronique Bodet, radio- contrôlée par une même antenne depuis le département du Cher.
◄ C’est cette maquette qui est installée depuis quelques jours dans le hall du 3e étage de la mairie de Briançon, après avoir été exposée pendant deux ans à EDSB et un an à la sous-préfecture des Hautes- Alpes. L’aboutissement d’un long périple.
